#Seule

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?
#Seule

Et du sommet de sa maturité il me dit qu’il faut d’abord apprendre à aimer la solitude pour ne plus jamais la craindre.

C’est froid la solitude. C’est froid, faussement interminable, et puis cela donne le tournis. Vous fait prendre des vessies pour des lanternes, vos rêves pour la réalité. Cela angoisse aussi, transforme, déforme tout ce que cela touche ; le cœur et puis l’esprit.

Plus froid que la solitude, il y a la chambre d’hôpital. Quatre murs maquillés d’un blanc tâché par les années, un lit ou parfois plusieurs, une table, une chaise, une armoire et puis pour les plus chanceux un poste de télévision qui fait office de compagnie le plus souvent. Le silence y est rompu par les rondes du personnel, de la livraison régulière des repas et puis des visites quand il y en a. Des visites qui rappellent parfois cruellement que dehors il y a la vie, mais que la vôtre est pour l’instant ici.

Il est tôt. L’heure précise, je ne la connais pas. Je sais seulement que Mathilde en est à sa deuxième tournée de médicaments. Allongée comme tous les autres, elle attend de se soumettre aux examens, aux diagnostics, à la toilette, et peut-être au traitement. Hypnotisée par le plafond défraîchi, elle ne prête pas attention à l’infirmière gantée qui vient de faire son entrée pour poser son cathéter.

Mathilde ne se force pas à parler. Elle est murée dans son silence, absorbée par des pensées qu’elle tente d’organiser, de classer, de prioriser. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Combien de temps ? Le jour où elle est allée chercher le courrier avec les résultats, elle a d’abord choisi de nier. Il doit s’agir d’une erreur, cela ne peut être moi. Inversion des résultats, incompétence, erreur humaine, homonyme… tout y est passé ou à peu près. La voie étant tracée, elle choisit alors de n’en parler à personne, ni sa famille, ni ses amis. En parler, ce serait donner raison et vie à cette saloperie, être une victime de plus, et cela Mathilde ne peut l’accepter. Et puis, dans quelques mois à peine, elle rentre à l’université, elle va découvrir, apprendre, changer de vie et laisser derrière elle toutes ces conneries.

Les premiers temps ont été merveilleux. Elle se félicitait chaque jour de sa décision et profitait plus que jamais de la vie. Et puis à l’université, elle a rencontré William. Rapidement, tellement rapidement, il est devenu sa pièce manquante, partageant les mêmes centres d’intérêt mais pas toujours les mêmes opinions, capable d’écouter, de comprendre, d’échanger inlassablement sur des sujets tirés d’un puit sans fond. Chaque instant passé avec lui donnait à Mathilde la sensation qu’elle avait gagné son pari, son défi, son déni sur la vie. C’est vrai, il y a des rencontres dont vous puisez une force incalculable, qui vous donne le sentiment d’être meilleur, ou dans le cas présent, invulnérable.

Evidemment, comme pour les autres, elle n’avait rien dit à William. Inutile de briser la magie, le charme protecteur de cette rencontre. Parfois, elle l’observait sans qu’il le sache, l’écoutait respirer et le remerciait silencieusement d’exister. Et puis parfois, elle pleurait quand elle le quittait avant de prendre son bus. Nier est un combat éprouvant de chaque instant.

Ironie du sort, c’est un soir où elle n’allait pas tout à fait bien que la vie est venue réclamer son dû. L’hiver, particulièrement froid et humide, décime les bancs de la faculté. Mathilde n’échappe pas au virus. Le paracétamol et le bouillon ne suffiront pas à la remettre sur pied. Après plusieurs jours d’une lutte perdue d’avance, elle se décida à consulter.

Difficile de continuer à refuser la cruelle vérité devant le médecin de quartier. Bien sûr, elle aurait pu mentir, dissimuler tout ce qu’elle sait, mais au fond d’elle-même Mathilde a bien conscience que c’est reculer pour mieux sauter, et qu’il va bien falloir faire fasse à la réalité à un moment donné.

– Depuis quand avez-vous pris connaissance des résultats ? demande calmement un certain Docteur Brunel, médecin de famille quadragénaire et moustachu.

Dix mois, répondit une voix qui n’appartenait plus à Mathilde.

Le médecin est visiblement mal à l’aise, agitant trop nerveusement son stylo derrière son bureau.

– Comment avez-vous su qu’il y avait un risque ?

– On m’a prévenu. Un coup de fil. On m’a dit qu’il fallait que je fasse des examens.

– Vous avez des nouvelles de cette personne. Quel est son état ?

– Non, je ne l’ai vu que quelques fois. Je ne sais pas…je ne veux pas savoir…vous comprenez…

Il ne comprenait pas évidemment. Comment pourrait-il en être autrement ? Il se plongea dans des courriers soigneusement classés, s’absenta du bureau pour passer un ou deux coups de fil en demandant à Mathilde de patienter quelques instants. Quand il revint, il était soulagé. Visiblement, il avait pu échanger avec une personne qui savait plus et mieux que lui sur le sujet.

– Je vais vous faire une ordonnance pour soigner votre pneumonie. En parallèle, je vais vous donner les coordonnées d’un de mes confrères. Il va falloir que vous le rencontriez,  rapidement, il exerce à l’hôpital de Metz. Vous allez devoir faire de nouveaux examens pour savoir où vous en êtes et puis envisager un traitement.

Un traitement. Voilà comment la réalité vous gifle parfois violemment pour vous ramener sur terre et vous rappeler qu’il ne sert à rien de la snober. Alors, puisque le déni n’est plus d’actualité, Mathilde se mit en colère. C’est cette colère qu’elle tente de canaliser dans sa chambre immaculée.

#asuivre

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#Insomnie

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?
#Insomnie

La vie est pavée de nos réponses. Quand on ne sait pas, on invente pour continuer à avancer.

Nuit blanche. Quand elle est volontaire, elle est joyeusement festive et passe toujours plus vite qu’on ne l’aurait souhaité. Quand elle est le fruit de l’insomnie causée par un esprit encombré, elle semble infinie et douloureuse. Il est 2h37 quand William regarde pour la première fois la montre posée sur son chevet. Voilà plus de deux heures déjà qu’il est rongé par tant de questions. Il se sent blessé, trahi et pire que tout, fragile.

Après avoir tenté de comprendre ce que Mathilde avait voulu lui faire faire ou faire dire avec cette enveloppe bleue, il s’est rapidement enlisé dans ce qu’il découvrira plus tard être sa première blessure d’ego.

L’incompréhension du désir de Mathilde, elle avec qui il a partagé plus qu’il ne l’avait jamais fait, elle avec qui il avait vécu, dormi, ri, mangé, étudié, durant les 6 derniers mois écoulés, est une lame qui lui lacère le cœur. Son esprit vide d’explications a alors tenté d’imaginer, de remplir des vides qu’il jugeait inutilement douloureux. Il voulait dormir.
C’est sur ce genre de détails qu’une vie se joue parfois. William, à peine majeur, est trop jeune pour le savoir, trop vide pour le comprendre, trop enlisé pour espérer prendre le recul face à un quiproquo naissant. Non, il va finalement se résoudre à faire ce que beaucoup de jeunes gens de son âge aurait fait : arracher la page de cette histoire qui commence à peine à lui serrer la gorge et se résoudre à profiter de la vie autrement.

Il enferme ainsi ses sentiments naissants pour Mathilde dans une boîte de certitudes, motivé par la colère et le coup au cœur qu’il pense avoir pris. Mais plus que tout, il est guidé par sa peur. Peur d’être déçu, d’avoir mal, de s’être trompé. Peur de passer pour un idiot, d’essuyer la moquerie, de reconnaître ce qu’il est. Amoureux. Amoureux pour la première fois d’une jeune femme qui en aime certainement un autre, peut-être même plusieurs autres. Une jeune femme qui en sait plus que lui.

William finit par s’endormir en ayant pris soin de ranger profondément sa boîte. Une boîte que certains appellent parfois une casserole, la première d’une longue série. Difficile de savoir à 18 ans que c’est ce genre de choix qui façonne un homme, le construit et oriente toute sa vie. Difficile de comprendre que l’impulsion donnée à une telle décision, pêchée de jeunesse, la ramènera forcément un jour. Car prendre une décision, c’est un jour ou l’autre, devoir l’assumer.

#asuivre

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#Ouvremoi

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?
#Ouvremoi

J’ai su que je t’aimais un vendredi. Ce que j’ignorais, c’est pourquoi. Tant d’efforts pour comprendre, et puis tant d’efforts pour tenter d’oublier.

– Pile ou face. Pile, je commence par l’enveloppe bleue. Face, j’attends demain. A moins que je les ouvre toutes pour regarder avant de décider. Après tout, je n’ai pas reçu de consignes particulières alors s’il faut une règle du jeu, je suis libre de l’inventer. Sauf qu’elle a pris le temps de faire 7 enveloppes, telle que je la connais, cela a un sens, cela en a toujours un. Et puis zut, je commence par la bleue. Je suis certain qu’elle sait que je vais commencer par celle-là de toutes façons.

William est assis face à ses enveloppes alignées méthodiquement tel un arc en ciel sur son bureau. Quand il se saisit de la bleue, un léger rictus traverse son visage, signifiant tant de choses qu’il ignore. Il est rentré il y a quelques heures à peine. Comme prévu, il a été mitraillé de questions par ses frères, serré trop fort par sa mère et longuement observé par son père. Depuis que sa mère a défendu ses rêves d’université, son père a changé. Est-ce parce qu’il est déçu de ne pouvoir transmettre son bébé à son premier né ? Parce qu’il ne se retrouve plus dans celui à qui pourtant il a tellement donné à commencer par ses yeux, ses fossettes et puis son nez ? Parce que quelque chose s’est cassé sans que personne ne sache ni pourquoi, ni comment le réparer ? Peu importe, les faits sont là et le couloir de silence qui désormais les sépare semble infini.

C’est après un compte-rendu détaillé de l’université, des cours, des profs, du campus et de tout ce qui fait désormais son quotidien que William réussit enfin à sortir de table pour rejoindre sa chambre. En montant l’escalier, il réalisa qu’il avait parlé de tout sauf du plus important. Mathilde. Que peut-elle bien faire à cette heure ? Est-ce qu’elle a subi le même genre d’interrogatoire épuisant ? Sept jours. Sept jours avant de pouvoir lui demander.

L’enveloppe bleue fut vite décachetée. A l’intérieur, William reconnut une des feuilles de bloc-notes que Mathilde avait l’habitude d’utiliser. Il la déplia avant de tomber nez à nez avec juste quelques mots. Une question pour être exacte.

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?

William resta longtemps hypnotisé par cette phrase. Dans son esprit, un grand vide précéda une sorte de chaos fait de questions dont il savait déjà qu’il n’aurait pas les réponses. Que fallait-il en penser ? Où Mathilde voulait-elle en venir ? Fait-elle référence à un auteur, un livre qu’ils auraient évoqué, un cours peut-être ? Qu’attend-elle de lui ?

Pour éviter de finir submerger, William tenta de se souvenir de leur dernier échange, des consignes qui avaient été passées la veille avant de se séparer. Elle voulait qu’il réfléchisse afin qu’il puisse échanger. Très méthodique, William décomposa chaque mot.

Et toi ? Cela devait signifier qu’il y avait un « Moi, je », une Mathilde qu’il ignorait, prête à partager ce qu’elle avait fait par amour. Elle aurait donc aimé. Elle. Peut-être aimait-elle en ce moment même ? Mais pourquoi alors n’a-t-elle rien dit ?

Qu’est-ce que tu as fait ? Elle veut de l’action. Tel un héros de la littérature du XIXème siècle, elle veut une longue liste de choses incroyables… Pas de conditionnel, de peut-être que, de et si ou de on ne sait jamais. Non du récit, précis et détaillé.

Par amour ? Sans s’en rendre compte William avait saisi un stylo et machinalement écrivait comme l’avait fait Mathilde avant lui – par amour. Spontanément, il se sentit vide. Vide d’expérience, de recul, d’histoires à raconter. Le seul amour qu’il n’ait jamais connu vraiment, c’est celui de ces livres et voilà qu’elle lui demandait de raconter tout ce qu’il ignorait ou presque. Ainsi, abattu par cette première enveloppe, William griffonna en majuscules la seule et trop médiocre réponse qu’il pensait pouvoir donner. RIEN.

#asuivre

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#Rencontre

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?
#Rencontre

L’intimité, la vraie, est-elle un lien qui se construit patiemment au fil du temps ou une évidence fulgurante ?

Le premier semestre se termine. La farandole des examens remplit les bibliothèques, les boîtes à copie, les salles d’informatique et pour les plus courageux, les esprits. Les couloirs de la faculté de lettres ressemblent à s’y méprendre à une de ces villes fantômes en plein cœur du far-west habitée par les claquements de quelques battants de porte et le souffle du vent.

Isolé dans une des salles de la bibliothèque, William est en communion avec un de ses manuels. Il ne fronce pas les sourcils, jamais. Il fixe sans détour les pages qu’il tourne en griffonnant quelques notes illisibles sur un cahier. Il est à sa place, et il le sait. Sa voisine est plus agitée. Elle exécute un va et vient constant entre ses notes et le plafond, suçotant nerveusement un de ces vieux bic orange dont on ignore la couleur. De loin, on pourrait associer son rituel à une forme de parade animalière bien rôdée.

Et puis Mathilde s’étire, terminant avec grâce son geste en posant délicatement sa tête sur la cuisse gauche et imperturbable de William. Très naturellement, il vient à son tour poser la paume de sa main sur le haut de son crâne et lui frictionne doucement les cheveux. La voilà l’intimité : un couple qui n’en est pas un, une familiarité qui s’exprime en silence, et cette phrase qu’ils pensent tout deux sans juger utile de la prononcer… je suis bien !

Voilà six mois que ces deux là passent leur temps à être bien ensemble depuis cette fameuse rentrée rangée 6. Six mois qu’ils parlent ou ne disent rien, regardent les nuages allongés sur la pelouse du campus, débattent sur leurs livres préférés, racontent leur meilleur souvenir de vacances, exposent leurs parents, leurs amis, leurs anecdotes, leurs choix, leurs vies. Souvent ils réalisent mais trop tard que leur premier cours est dans deux heures et décident en souriant bien qu’à regret de raccrocher. William vit sur le campus dans une de ces chambres étudiantes de 8m². Mathilde a choisi de rester en ville et prend le bus chaque soir pour regagner ses quartiers. C’est à ce moment que les sujets s’empilent, attendant d’être abordés quand le téléphone se décide à sonner. Pas de portable à cette époque, mais un numéro à dix chiffres qu’il faut pianoter sur un gros clavier.

Parfois, William prend le bus avec Mathilde pour aller boire un verre dans un troquet, manger une pizza et poursuivre la conversation qu’ils avaient commencée. Quand il se fait tard, William dort au pied du lit de Mathilde, un tapis de yoga en guise de matelas. Il aime bien ces soirées là, quand l’inconfort n’est rien face au plaisir d’entendre la respiration de son hôtesse plongée doucement dans le sommeil.

Ils ne parlent que de l’Amour ou presque mais jamais de ce qui les unit, n’essayent pas d’obtenir plus que ce qu’ils ont si facilement gagné, récoltent chaque jour que Dieu fait le plaisir de s’être rencontrés. Une attitude qui peut sembler surréaliste pour la plupart des gens mais qui pour eux n’est qu’une évidence de plus. Peut-être la plus importante. Peut-être…

Les partiels sont terminés. Les vacances peuvent commencer. William et Mathilde se séparent pour quelques jours à regret. Avant de prendre son train, Mathilde tend une liasse de quelques enveloppes un peu froissées. Dans chacune d’elles, quelques mots jetés sur du papier auxquels William devra réfléchir histoire de nourrir leurs prochaines soirées. Une habile manière de rester ensemble bien qu’éloignés.

– Y’a-t-il un ordre à respecter ? lui demande-t-il amusé par cette initiative.
– Pas vraiment, mais j’ai tout de même une préférée. La bleue. A toi de voir si c’est avec celle-là que tu veux commencer. Allez, je file avant de louper mon train. On ne s’appelle pas, promis ?! conclut-elle en glissant un baiser sur une joue fraîche et mal rasée.
– Promis chef, et cela n’est pas moi qui vais craquer : trop de boulot désormais ! dit-il les enveloppes à la main comme un mouchoir que l’on agite.

Mathilde se retourne une dernière fois, lui envoyant un baiser de la main assorti d’un sourire jusqu’aux oreilles avant de s’engouffrer dans la gare. Aujourd’hui encore, c’est cette image à laquelle William pense chaque jour en fermant les yeux pour être certain de ne rien oublier.

#asuivre

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#William

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ? #William

Pourquoi faut-il fermer les yeux pour se souvenir ? Est-ce pour sortir de son corps et remonter le temps. Faire abstraction des chuchotements du présent et communier avec un instant ? Encore une question que je ne résoudrai pas aujourd’hui.

William est brun. Emmitouflé dans des vêtements intemporels, il pourrait passer partout sans se faire remarquer s’il n’avait pas été doté d’un regard dont l’intensité peut mettre profondément mal à l’aise et tout en même temps susciter une avalanche d’émotions. Elles sont rares les personnes capables de troubler d’un simple coup d’œil. On les compte sur les doigts d’une main, parfois même on traverse une vie sans en rencontrer une seule si, par malheur, les yeux sont mal synchronisés avec le cœur.

C’est à l’âge de 17 ans qu’il a pris la décision de devenir professeur de littérature. Lui, l’aîné d’une fratrie de 3 garçons, était pourtant destiné à reprendre l’affaire familiale, l’imprimerie créée par son père 20 ans plus tôt. Mais William est très jeune tombé amoureux des livres et des mots. Ainsi, il passait ses samedis après-midi assis sur le sol de la bibliothèque municipale quand ses copains se donnaient rendez-vous pour un baby-foot dans un bistrot.

Il lisait partout. Tout le temps. Multipliant les auteurs et les styles. Quand sa mère, amusée par l’originalité de sa technique, tentait de comprendre pourquoi il ne prenait le temps d’accorder à un récit toute l’attention qu’il mérite au lieu de se disperser autant, il répondait : « C’est pour vivre mille vies maman, c’est tellement triste de devoir se contenter d’une seule ! »

C’est sans doute ce jour-là qu’elle partit en croisade pour convaincre son mari de laisser William vivre ses rêves. Au diable l’imprimerie, et avec un peu de chance il restait deux fils qui préféreraient peut-être relier les livres plutôt que de les dévorer. Sa mère savait William très sensible. Il était différent des autres garçons de son âge, avait parfois des larmes aux yeux inexplicables qui précédaient des crises d’euphorie tout aussi mystérieuses. Mais le plus troublant était sans aucun doute ses silences.

Le baccalauréat en poche, William rentra à l’université. Sur les bancs de l’amphithéâtre, on comptait un garçon pour près d’une vingtaine de filles. La plupart de ses copains avaient choisi les chiffres pendant que lui préférait les lettres. Le jour de la rentrée, il rentra seul dans cette immense salle un brin vétuste qui sentait le détergent industriel et la fermeture des congés d’été. D’un rapide coup d’œil, il décida de s’installer sur la rangée 6. Pas la 5, ni la 4, mais bien la 6. Faut-il appeler cela le destin, le hasard ou simplement la vie… ? Sans le savoir, en sortant sa trousse et ses feuillets, William venait de prendre place à côté du premier virage de sa destinée. Une épingle prénommée Mathilde.

#asuivre

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Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?

J’attendais. Tant et si bien que je finissais par m’impatienter. Pour être honnête, il y a même certains jours où j’ai imaginé renoncer. Ma page était éternellement blanche, mes idées tellement absentes. Peut-être même que l’envie m’était passée. Pourtant, je n’arrivais pas à véritablement tourner la page. Alors j’attendais, ou plutôt, je guettais…

J’étais assise juste derrière lui. Quand il est venu prendre sa place, je n’ai pas vraiment prêté attention à ce presque quinquagénaire. C’est plus tard, quand j’ai levé le nez de mon livre, que je suis tombée nez à nez avec l’écran de son téléphone. Il écrivait patiemment un message dont le format s’apparentait plutôt à une lettre qu’à un de ces trop synthétiques textos. Spontanément, j’ai souri. Je n’étais donc pas la seule qui avait fait de son smartphone, une machine à écrire. Et puis, curieuse, j’ai commencé à lire. C’est un hobby que j’ai développé au fil du temps : lire tout, tout le temps, dans toutes les conditions, à l’endroit, à l’envers et surtout si cela ne me concerne pas.

Je suivais pas à pas chacun de ses mots. Hypnotisée. Nous étions lui et moi arrivés au paragraphe 3 de son troublant SMS d’amour, quand il s’est brutalement retourné vers moi. Devais-je lui faire remarquer la faute d’orthographe qu’il avait laissé, prendre un air innocent, faire comme si je n’avais rien fait ? A vrai dire, son regard était tellement exempt d’ambigüité que je ne savais dans quelle attitude je devais me réfugier. Alors, comme une gamine prise en faute, j’ai baissé les yeux. Voilà bien longtemps que cela ne m’était arrivé.

Quand mon train est entré en gare, j’ai rapidement saisi ma valise et décidé de laisser ma honte sur le quai. Ma honte, mais pas son histoire. J’avais mille questions en tête qui tourbillonnaient. Qui est cette femme ? A quoi peut-elle ressembler ? Est-elle brune, blonde ? Comment se sont-ils rencontrés ? Est-elle en émoi ? Pense-t-elle à lui plus souvent qu’elle ne le devrait ? Dort-elle avec son téléphone en espérant qu’il va la réveiller ? Préfère-t-elle le thé ou le café ? Ont-ils déjà partagé le petit-déjeuner ? Sera-t-elle là quand il va sonner ? Mérite-t-elle chacun des signes qu’il s’apprête à lui envoyer…

C’est autour d’une tasse de thé commandée dans le premier bistrot que j’ai trouvé que j’ai commencé à griffonner des tas d’idées dans mon cahier. Elle s’appelle Claire, c’était écrit. Mais lui, je décidais de l’appeler William, sans doute pour son côté anglais. Sur la page de gauche, je notais mes questions à la volée. Sur la page de droite, les réponses que j’avais ou que je commençais à imaginer. Et puis tout en bas, cette phrase, la dernière que j’ai pu déchiffrer. Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ? La simple matérialisation de ces quelques mots sous ma plume provoque un stop net. Et moi, qu’est-ce que j’ai fait par amour ? Et moi, qu’est-ce que je n’ai pas fait par amour ? Raconte les histoires des autres, et tu es un écrivain. Raconte ta propre histoire, et tu es en thérapie. De ce simple constat, aussi dangereux que troublant, je décide de m’éloigner rapidement pour revenir à William et Claire, le chapitre 1 que j’attendais… #asuivre

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They tried to make me go to Detox…and I said Yes !

Voilà la DETOX, c’est un peu comme Capri, c’est fini ! Note pour moi même : il va vraiment falloir que je renouvelle le stock d’expressions toutes faites qui jalonne mon langage pourtant si soutenu. Cette aventure extrême, j’ai égoïstement choisi de la faire suivre ou subir (c’est selon) à mes gentils IGfriends (comprenez pour les incultes : mes followers sur Instagram !). D’abord parce que cela me motivait et puis au fil des journées, parce que c’est devenu un rendez-vous sympa qui me permettait soit d’être soutenue dans l’adversité, soit de répondre à quelques questions par ci, par là et d’assouvir ainsi un vieux rêve : devenir enfin une EXEPERTE MANHATTAN de quelque chose… En juste retour des choses, j’ai choisi d’écrire quelques impressions sur ce billet qui, je l’espère, deviendra rapidement une référence incontournable du chapitre DETOX sur Wikipedia !
Pour faire simple et efficace, j’ai choisi de me poser des questions à moi-même et d’y répondre ! Si tu en as d’autres, tu sais où me trouver pas vrai ?!

1. La DETOX pourquoi ?
Tout a commencé en 1973….Nan, je déconne ! En fait, tout a vraiment commencé quand je suis tombée sur l’article très enthousiaste d’une journaliste dans le magazine CLES qui avait tenté de jeûner pendant 5 jours. A l’époque, son témoignage m’avait réellement amusée et intriguée et je m’étais alors promis de tenter l’expérience à mon tour, afin de comprendre. Oui, parce que j’ai oublié de te dire que je passe une bonne partie de mon temps libre à essayer de comprendre des tas de trucs qui ont plus ou moins d’intérêt, il faut bien le reconnaître ! Reprenons. Envie de jeûner, mais difficile de trouver l’occasion rêvée avec un métier qui vous invite au resto sans compter, une grossesse, un allaitement longue durée… Bref, voilà que dans mon agenda de ministre, se dégage une plage disponible pour le jeune : SEPTEMBRE ! Le jeune se transforme alors en une envie beaucoup plus contemporaine : la DETOX. Je vais éviter de me comparer à une voiture et de vous parler de mon châssis, mes pneus et mon capot…cependant, même si c’est un peu trivial, j’ai soudain l’envie de me vidanger le corps et de retrouver énergie et forme(s). Mon corps n’appartient plus qu’à moi et après une troisième grossesse et avec la quarantaine qui se profile à l’horizon, c’est une étape qui s’impose d’elle-même.

2. La cure : comment ça marche ?
Le principe d’une cure DETOX est de se nourrir exclusivement et pendant 7 jours de GREEN smoothies* (comprenez de smoothies composés de fruits et légumes verts : roquette, laitue, bok choy, épinard, coriandre…) complétés par du Thé DETOX et de l’eau minérale en open-bar. Whaaaat ? Exclusivement ? Mais t’es dingue ?! Et là, je te réponds : oui, un peu parfois, mais là c’est juste la règle ! Avant de démarrer, mon angoisse résidait en un seul mot : FAIM. J’ai naturellement un bon appétit, j’aime manger, être à table, partager le pain et le vin avec compagnons et convignons (expression empruntée à Amélie Nothomb que je remercie !)…Bref, cette expérience s’annonce douloureuse. Mais en fait et c’est la première (bonne) surprise : avec 5 smoothies de fruits et légumes par jour, bah t’as pas faim !
Pour m’aider dans ma démarche, j’ai investi dans le bouquin La bible des Green Smoothies de Fern Green (éditons Marabout) qui répertorie 66 recettes qui t’évitent de te creuser la tête, de tenter des mixtures improbables, et te permet de varier les plaisirs.

* 5 au total : 300ml le matin – 150ml en milieu de matinée – 200ml le midi – 150ml en milieu d’après-midi et 200ml le soir

3. Et spa’ trop compliqué ?
Finalement non ! J’ai choisi une semaine où j’étais sans mari, et j’ai cuisiné pour mes fils tout ce qu’ils adorent et que je déteste : ça aide. La vraie épreuve a été de ne pas goûter le fondant au chocolat blanc que j’avais promis à mon aîné et que je ne pouvais décemment pas éviter. Je réclame le PANTHEON pour cette femme…
Bon à toi je peux bien le dire, j’ai mangé quelques miettes, je sais c’est moche, mais je voulais savoir si il était bon !!!

4. Des goûts et dégout !
Concernant le choix des smoothies, je t’invite si l’expérience te tente à préparer ta liste pour la semaine, à faire ton shopping en conséquence pour éviter de retourner au supermarché et tomber nez à nez avec un poulet rôti ou un pain au chocolat tout chaud. Pour choisir, il ne faut pas oublier que ces smoothies seront ton seul et unique repas, et que par conséquent, il faut qu’ils te fassent un minimum plaisir. Ainsi, et à part si tu es accroc au céleri, je te conseillerais d’éviter les recettes avec ce légume qui est définitivement trop fort en goût et assez compliqué à avaler même quand il est mélangé avec d’autres fruits et légumes. Je te déconseillerais également les smoothies à base de raisin dont la consommation nous a furieusement rappelée à moi et mon organisme, un lendemain de cuite (au vin blanc, CQFD !). Pour le reste, il y a suffisamment de recettes pour trouver ton bonheur…
Ah oui, j’allais oublier. J’ai utilisé un blender exclusivement, inutile d’investir dans des extracteurs qui vont te coûter un rein. Le blender, c’est impeccable et si le jus est trop épais à ton goût, il suffit d’ajouter de l’eau minérale.

5. DETOX : le bilan
D’abord, il est important de souligner que la cure DETOX est avant tout reconnue pour être un booster naturel de ton organisme qui permet de prendre soin de son corps et de se sentir en forme. De ce point de vue, je dois dire que c’est très vrai ! Le bouquin suggérait d’instaurer un temps de repos ou de se couvrir un peu plus car le corps aurait sans doute un peu froid. Pour moi, RAS. Heureusement d’ailleurs car dans la vraie vie, c’est un peu compliqué d’aller faire une sieste sur le pouce pour ressourcer son corps. Donc l’énergie est là, tellement que j’ai presque l’impression d’avoir 15 ans… Bon OK, je déconne !
Ma tension maintenant. Avec les quelques problèmes de santé que j’ai eu lors de mon dernier accouchement, je fais « un peu » plus attention qu’avant. De ce point de vue là, j’ai affiché un joli 12.8 toute la semaine.
Comme je l’ai signalé sur IG, le résultat au niveau de la peau a été visible également dès le 3ème jour. Un teint plus clair et les imperfections cutanées qui se font la malle. Qu’on se le dise, la DETOX, c’est mieux que le Biactol !
Et enfin, parce que l’on ne va pas se mentir et que c’est toujours un objectif dissimulé, j’ai perdu 3,4 kg en 7 jours. Cela peut sembler beaucoup sur une si courte durée, et l’objectif est de ne pas les reprendre évidemment. Mais merde, qu’est-ce que cela fait du bien !!!

Voilà, mon aventure DETOX est finie…pour le moment, car je compte bien la renouveler quand je le jugerai utile (avant/après les fêtes de fin d’année par exemple si tu vois ce que je veux dire). Je vais néanmoins profiter de mon extreme oisiveté actuelle pour tester quelques recettes de healthy food, et comprendre par moi-même si on peut vraiment mieux manger et bien manger d’après mon thermomètre personnel de la bonne bouffe… A suivre !

DetoxPhoto prise sur le net.

 

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Le jour où j’ai participé à un prix littéraire

Chers amis lecteurs,

 j’imagine que vous êtes sans doute en vacances en train de siroter un cocktail sur la plage, et vous avez bien raison. Moi, je me suis mis en tête de participer à un prix littéraire organisé par le site auféminin.com en partenariat avec Longchamp.Pour cela, j’ai publié une nouvelle sur le thème « Rendez-Vous dans 20 ans ». Cette nouvelle a été acceptée et est désormais en ligne sur le site. C’est là que je viens vous déranger pendant le cocktail : pour passer la première sélection, chaque nouvelle doit recueillir un maximum de votes des internautes via leur profil FB afin d’éviter les abus. Si vous avez quelques minutes, que dis-je secondes à m’accorder, il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessous et de cliquer ensuite sur « J’AIME »…parce que vous allez aimer pas vrai ?!😉
Ma nouvelle s’appelle « Mauvais Calcul« , et elle et moi, on compte sur vous, vos amis, votre famille, votre chien, votre réseau….

Merci pour votre soutien et bonnes vacances (et bons cocktails) à tous !

http://www.aufeminin.com/ecrire-aufeminin/mauvais-calcul-s687238.html

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Petite mort pour grande vie

Il faut mourir. Il faut mourir au moins une fois pour apprécier sincèrement la vie. Pour comprendre que les difficultés n’en sont pas. Que les querelles sont inutiles. Qu’il y a un sens à toute chose. Qu’il est idiot de vouloir tout connaître, tout comprendre, tout vivre, tout avoir. Et plus que tout, de savoir enfin qu’il y a des combats qui ne sont pas les vôtres.

Je suis morte un mercredi. L’heure exacte je ne la connais pas, je sais simplement que c’était tôt le matin. J’aurais pu sentir le vent de la faucheuse venir si j’avais accordé un peu plus d’attention aux détails, à ce corps qui s’empoisonnait doucement au fil des journées. Mais non. Je fais partie de ces gens qui considèrent que rien ne pourra leur arriver à part ce qu’ils ont bien évidemment décidé. C’est donc avec la violence et toute la spontanéité d’une gifle que je me suis retrouvée allongée dans ce bloc opératoire attendant que l’on me délivre.

Délivrer. C’est exactement le mot que le médecin a employé quand il m’a péniblement expliqué à l’aide de quelques mots savants ce qui était en train de m’arriver : hypertension ; 19 ; protéines ; anesthésie générale ; empoisonnement ; paralysie ; bébé ; césarienne ; délivrer ; urgence…

Je pleure. Je pleure non pas parce que j’ai peur de mourir car finalement, je n’y pense pas. Je pleure parce que je me sens coupable, convaincue que tout cela est de ma faute et que je l’ai sans doute bien mérité. Je pleure parce que je suis seule, sans aucune main à serrer, nue comme un ver sous ma blouse, plus à poil que je ne l’ai jamais été.

Au bloc, les infirmières me sourient et s’affairent autour de moi. Un sourire qui s’apparente à de la bienveillance saupoudrée d’un brin de compassion. Je ne sais si elles se forcent à me parler, à me demander comment s’appellent mes fils, comment s’appellera celui-ci… Je ne sais pas. Je réponds que je ne sais pas, j’avais prévu que le premier regard m’aiderait à trancher… Arthus, Achille, Léopaul… difficile de se décider.

Je regarde alors le plafond et découvre à quoi je ressemble dans le reflet des quelques bandes métalliques qui encadrent un luminaire. Une femme au visage blême et au corps tatoué grossièrement à la bétadine. Une femme fragile, humaine, cassable, mortelle… Le genre de détails que l’on a tendance à oublier.

C’est alors qu’il arrive. L’anesthésiste porte une tenue de bloc rose fushia. Son visage est au dessus du mien. Il m’explique rigoureusement tout ce qui va se passer, comment grâce à lui, je vais bientôt m’envoler. J’ai peur. J’ai peur précisément quand le masque à oxygène est posée sur mon visage, que je sens l’infirmière appuyer de toutes ses forces, que je tente de me dégager, que je n’arrive plus à respirer et que j’ai alors ce sentiment étrange que je suis en train de m’envoler, c’est vrai, mais que plus jamais je n’atterrirai.

Il aura fallu plus de 16 heures pour me ramener à la vie ou plutôt à la raison. 16 heures pour que ma conscience décide qu’il était temps pour moi d’y retourner, que j’avais désormais trois enfants dont je devais m’occuper. 16 heures pour que je découvre le visage de mon dernier né. Il s’appelle Arthus, et je remercie chaque jour le ciel de pouvoir vivre chacun de ses sourires…

Il faut mourir, au moins un peu, pour comprendre que la vie n’attendra pas, que c’est maintenant qu’elle doit être vécue. Car quelque soient ses lacunes, ses imperfections, ses déceptions ou ses manques, la vie reste une chance…

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Le complexe d’Adam

Tout commence quand tout s’arrête parfois. C’est ainsi qu’elle me regarda derrière ses lunettes avant de prononcer cette phrase un peu brutale qui devait sonner le glas de mes insomnies : « Vous inventez cinq questions pour une seule réponse, il est grand temps que cela cesse ! ». Et finalement, étrangement même, j’ai docilement accepté de ranger mes points d’interrogation dans ma poche arrière jusqu’à nouvel ordre…

Comment sont-ils revenus ? Sans prévenir, ils ont décidé de me chatouiller. Au début, j’ai bien tenu. J’ignore comment j’ai fait, mais j’ai réussi à m’occuper l’esprit avec le quotidien et toutes ses banalités. J’ai flanché dans la dernière ligne droite rattrapée par l’imprévu et un excès de confiance sans doute.

Cet imprévu s’appelle Adam. Adam court dans les rues de New-York sous mes yeux. Acteur, il joue dans l’une des nombreuses séries dont j’ai fait mon addiction. Ce soir-là, j’étais seule face à mon écran en train de pleurer comme une gamine de 15 ans devant cet homme qui court haletant retrouver celle qui n’est plus sa moitié. Adam n’est pas mon idole et je ne suis plus une teenager. Pourtant, je suis là, consternante, emmitouflée dans mes larmes et ma mièvrerie, hypnotisée par cet homme qui court aider une jeune femme en difficultés. C’est à cet instant précis que les questions ont choisi de refaire doucement intrusion dans ma vie de la manière la plus simple qui soit : pourquoi ?

Oui pourquoi ses larmes ? Est-ce de la joie, de la peine ? Est-ce l’expression choisie par ma fatigue, ma nervosité du moment ? A dire vrai, je ne tourne pas autour du pot bien longtemps réalisant simplement que je suis émue par la bienveillance de ce grand type mal dégrossi. Et si ma réaction est sans doute excessive, c’est que finalement, nous vivons dans un monde où cette bienveillance devient une denrée rare. Chacun pensant d’abord à son nombril avant de celui du voisin. Nous vivons dans un monde pour le moins violent, où l’armure est un mal nécessaire pour se protéger des assauts quotidiens de nos congénères (sans doute des miens !). Nous vivons dans un monde exigeant, éprouvant, intolérant même parfois dont je suis. Et c’est ce monde, ce quotidien, qui quand il s’arrête quelques secondes pour vous faire apprécier la chaleur, la douceur, la bienveillance dont est parfois capable l’être humain, vous surprend tant et si bien que les réactions ne se font pas attendre. De l’étonnement, de la méfiance même parfois, et puis des sourires ou des larmes…

L’année se terminera ainsi. Je l’espère plus douce en 2014…

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