#Rencontre

Et toi, qu’est-ce que tu as fait par amour ?
#Rencontre

L’intimité, la vraie, est-elle un lien qui se construit patiemment au fil du temps ou une évidence fulgurante ?

Le premier semestre se termine. La farandole des examens remplit les bibliothèques, les boîtes à copie, les salles d’informatique et pour les plus courageux, les esprits. Les couloirs de la faculté de lettres ressemblent à s’y méprendre à une de ces villes fantômes en plein cœur du far-west habitée par les claquements de quelques battants de porte et le souffle du vent.

Isolé dans une des salles de la bibliothèque, William est en communion avec un de ses manuels. Il ne fronce pas les sourcils, jamais. Il fixe sans détour les pages qu’il tourne en griffonnant quelques notes illisibles sur un cahier. Il est à sa place, et il le sait. Sa voisine est plus agitée. Elle exécute un va et vient constant entre ses notes et le plafond, suçotant nerveusement un de ces vieux bic orange dont on ignore la couleur. De loin, on pourrait associer son rituel à une forme de parade animalière bien rôdée.

Et puis Mathilde s’étire, terminant avec grâce son geste en posant délicatement sa tête sur la cuisse gauche et imperturbable de William. Très naturellement, il vient à son tour poser la paume de sa main sur le haut de son crâne et lui frictionne doucement les cheveux. La voilà l’intimité : un couple qui n’en est pas un, une familiarité qui s’exprime en silence, et cette phrase qu’ils pensent tout deux sans juger utile de la prononcer… je suis bien !

Voilà six mois que ces deux là passent leur temps à être bien ensemble depuis cette fameuse rentrée rangée 6. Six mois qu’ils parlent ou ne disent rien, regardent les nuages allongés sur la pelouse du campus, débattent sur leurs livres préférés, racontent leur meilleur souvenir de vacances, exposent leurs parents, leurs amis, leurs anecdotes, leurs choix, leurs vies. Souvent ils réalisent mais trop tard que leur premier cours est dans deux heures et décident en souriant bien qu’à regret de raccrocher. William vit sur le campus dans une de ces chambres étudiantes de 8m². Mathilde a choisi de rester en ville et prend le bus chaque soir pour regagner ses quartiers. C’est à ce moment que les sujets s’empilent, attendant d’être abordés quand le téléphone se décide à sonner. Pas de portable à cette époque, mais un numéro à dix chiffres qu’il faut pianoter sur un gros clavier.

Parfois, William prend le bus avec Mathilde pour aller boire un verre dans un troquet, manger une pizza et poursuivre la conversation qu’ils avaient commencée. Quand il se fait tard, William dort au pied du lit de Mathilde, un tapis de yoga en guise de matelas. Il aime bien ces soirées là, quand l’inconfort n’est rien face au plaisir d’entendre la respiration de son hôtesse plongée doucement dans le sommeil.

Ils ne parlent que de l’Amour ou presque mais jamais de ce qui les unit, n’essayent pas d’obtenir plus que ce qu’ils ont si facilement gagné, récoltent chaque jour que Dieu fait le plaisir de s’être rencontrés. Une attitude qui peut sembler surréaliste pour la plupart des gens mais qui pour eux n’est qu’une évidence de plus. Peut-être la plus importante. Peut-être…

Les partiels sont terminés. Les vacances peuvent commencer. William et Mathilde se séparent pour quelques jours à regret. Avant de prendre son train, Mathilde tend une liasse de quelques enveloppes un peu froissées. Dans chacune d’elles, quelques mots jetés sur du papier auxquels William devra réfléchir histoire de nourrir leurs prochaines soirées. Une habile manière de rester ensemble bien qu’éloignés.

– Y’a-t-il un ordre à respecter ? lui demande-t-il amusé par cette initiative.
– Pas vraiment, mais j’ai tout de même une préférée. La bleue. A toi de voir si c’est avec celle-là que tu veux commencer. Allez, je file avant de louper mon train. On ne s’appelle pas, promis ?! conclut-elle en glissant un baiser sur une joue fraîche et mal rasée.
– Promis chef, et cela n’est pas moi qui vais craquer : trop de boulot désormais ! dit-il les enveloppes à la main comme un mouchoir que l’on agite.

Mathilde se retourne une dernière fois, lui envoyant un baiser de la main assorti d’un sourire jusqu’aux oreilles avant de s’engouffrer dans la gare. Aujourd’hui encore, c’est cette image à laquelle William pense chaque jour en fermant les yeux pour être certain de ne rien oublier.

#asuivre

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A propos flocva

Ce blog, c'est un peu comme le sac à main d'une femme : c'est le bordel, c'est rouge ou c'est vert et puis parfois un peu noir aussi un peu come la vie, on y trouve de tout, ce qu'on cherche ou ce que l'on ne trouvait pas, c'est anecdotique et parfois drôle, plein de souvenirs ou de miettes, de clés de voiture ou de vieilles photos, c'est plein de questions, plein d'avis sur la question, plein d'humeurs... Et puis c'est plein de gens comme toi qui passent et qui reviendront ou pas, qui s'exprimeront ou pas, un instant dans une vie de celle qui te confirme que Non, elle n'est pas Wonder Woman ! Bonne lecture... ;)
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